Passage (2)

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Tu frémis un moment

devant le défilement des heures, les étreintes envolées,

les chemins lancés en bouquets d’espoir et retombés sous les pierres,

la procession des adieux et les déchirements,

l’ incertitude de ta vérité,

le glissement dans l’invisible

des aimés de leurs corps desséchés.

Ce détachement des formes embrassées,

patiemment forgées dans le rituel des jours

et qu’on finit par habiter insoucieux

de leur impermanence

entraîne avec lui tous tes miroirs.

Passage (3)

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Une absence crie au fond de toi

si fort que ta vie se fissure en milliers de mémoires détachées

éclatant et retombant en lumière dans les mousses et les racines.

Cette succession de petites morts dans la succession des jours et des saisons

frappent, pétrissent et enflamment ton âme

en en laissant ressortir toute la lumière.

Dans ces bois rugueux qui s’enroulent autour de toi

il n’y a plus que le souffle boréal de la métamorphose.

Passage (4)

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Le paysage sous l’âme,

se détache doucement et s’envole,

ta solitude glissant lentement à l’envers de la saison.

Te voilà fragile et fébrile, surprise de ton existence,

alors que soudain l’hiver tombe de ce ciel en toi et vient figer la scène

cristallisant en diamants de lumière blanche

cette saison de ta vie.

Il neige dans ton cœur ouvert.

Passage (5)

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Tu avances en transparence à l’intérieur des formes givrées et figées,

attirée par un appel de sève,

scintillant comme une petite flamme

dans un point cristallisé de silence bleu.

Tu plonges ta main dans l’écoute immobile,

et entreprends ce voyage dans l’attente endormie

le long des falaises de cristal

dans le passage sous les montagnes,

et sous le miroir inversé de gel des eaux plongées dans le rêve,

à travers la mémoire souterraine des civilisations,

sous les bois et les soupirs voilés de brume des créatures en suspension.

Passage (6)

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Tu traces une géographie que suit déjà l’éveil

depuis le premier frémissement au sein du monde engourdi

jusqu’à ce chant chrysalide au fond de ton cœur

qui ouvre soudain le cocon du songe.

Comme une brume légère s’élevant du sol

dans de grands bras solaires

tu t’envoles comme un printemps

dans le ciel de ta vie.